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Accueil > Interview Elisabeth Hertzfeld
 

LSD : Je rappelle que vous êtes fondatrice de Remake design, dont la série Magnet est proposée sur le shop design. Avant toute chose, comment en êtes vous arrivée au design de luminaires ?

EH : Il y a un peu de hasard mais aussi un enchaînement assez logique.

Après mes études aux Arts Déco de Paris, j´ai travaillé en tant que scénographe pour le théâtre. J´ai commencé en France puis je me suis installée à Berlin où j´ai travaillé pendant 6 ans. J´aimais au théâtre le mélange des métiers, le travail de l´espace dramatique et ce savoir faire artisanal incroyable, mais de plus en plus, j´étais attirée par l´ensemble des outils et machines liés à la production industrielle et par la conception non pas seulement d´une forme mais d´un processus entier.

Le projet qui a dû être à l´origine du passage de la scénographie au design est celui d´une exposition interactive dont j´avais eu l´idée. J´ai travaillé sur une gamme d´objets un peu absurdes qui rapprochaient et souvent fusionnaient deux objets ou idées qui s´associent ou s´opposent dans l´imaginaire pour révéler de petits dysfonctionnements de notre société ou rendre plus praticables des vices humains courants. J´ai pris beaucoup de plaisir à préparer ce projet critique et ironique mais aussi très ludique; cependant faute de moyens, il n´a pas vu le jour.

Ce projet a en tout cas confirmé que j´avais envie d´être davantage l´initiatrice de mes projets que la scénographie ne me le permettait. Si l´objet était déjà au cœur de ma recherche, il l´était encore de manière théâtrale et ce n´est qu´après cette transition que j´ai abordé le travail sur l´objet de la vie courante au travers d´un projet qui consistait à développer des objets design "à fabriquer soi-même".

J´ai commencé à étudier une lampe qui est sortie peu à peu du "construisible soi-même" mais je voulais la voir terminée et j´ai fini par la faire fabriquer. Il y a eu d´abord, bien sûr, les prototypes puis, enfin, les outils de production industrielle dont je rêvais…

LSD : Qu'avez vous cherché à exprimer à travers vos lampes ?

EH : Tout d´abord, j´ai cherché à proposer un objet qui s´adapte aux envies et besoins d´une personne plutôt qu´un objet qui s´impose. J´ai souhaité créer un objet simple qui provoque un geste simple. J´aime à imaginer que l´utilisateur construit des formes que je n´aurais peut-être pas faites et s´amuse (du moins, c´est ce que j´espère!). J´aime que la personne soit forcément active face à cet objet. J´ai voulu proposer un luminaire qui soit plutôt un potentiel d´objets lumineux qu´une forme finie. En somme un système plutôt qu´une forme.

LSD : Vous définissez vous comme une designer Française ? Et s'il y a une spécificité du design français, laquelle est-ce selon vous ?

EH : L´idée ne me serait à priori pas venue de me définir comme une designer française. Mon travail est nécessairement un reflet de ma culture mais, il faut dire à cela que je suis aussi américaine et que j´ai presque toujours vécu dans un mélange culturel. D´abord dans ma famille puis en Allemagne où j´ai vécu très immergée dans la culture berlinoise, elle-même en recherche de son unité. Je pense que je dois beaucoup à ces influences et que leur mélange fait aussi ma particularité.

Je n´irais pas non plus forcément dire qu´il y a un design spécifiquement français mais si on cherche une tendance, il me semble que les Français sont très attachés aux formes, et que mon approche est en ce sens sans doute plus allemande, plus tournée vers la fonction. Ce qui me frappe, c´est que le design (peut-être français mais sûrement pas uniquement) découle souvent d´une approche plus sculpturale que structurelle et privilégie parfois la ligne à la fonctionnalité.

LSD : Comment voyez vous l'évolution du design de luminaire pour 2007 ?

EH : La tendance me semble, depuis quelques années déjà, aller vers des objets ou meubles lumineux plutôt que des lampes à proprement parler. Ce développement est surtout né de l´évolution des sources lumineuses dégageant peu de chaleur qui permettent d´enfermer la lumière dans des volumes très restreints. Pour le moment, ce sont surtout des objets qui créent des ambiances lumineuses mais qui ne sont pas très éclairants mais je pense que cela va changer.

Peut-être n´aurons-nous un jour prochain plus de lampes mais uniquement des meubles avec leur propre éclairage intégré...

LSD : Et vous, quels sont vos projets ?

EH : J´aimerais développer du mobilier Remake Design, ingénieux si possible, à partir de matériaux nouveaux et performants. Mais j´aimerais aussi beaucoup designer des objets et mobiliers pour d´autres marques.

LSD : Une petite question perso. Quelles lampes utilisez vous chez vous ?

EH : J´ai une petite collection de lampes... qui regroupe des classiques depuis les années 20 jusqu´aux années 70 et puis des petites trouvailles, chinées de-ci de-là que j´aime beaucoup. J´en ai malheureusement trop pour chez moi donc j´ai dû en mettre à la cave mais quand j´ai envie de modifier l´espace, je change les lampes...

J´avoue, j´ai aussi une Remake Light rose qui me sert de lampe de chevet.

LSD : Enfin, un petit conseil pour nos internautes. Quels sont selon vous les secrets d’un éclairage réussi ?

EH : Une première solution très efficace consiste à multiplier des éclairages pas trop violents pour créer des zones de lumière distinctes et différencier des espaces. Il faut répartir ces points de lumière de manière à créer un rythme agréable et vivant. Éviter l´halogène de 200W qui éclaire le plafond ou le plafonnier qui a tendance à tout écraser au sol comme unique source de lumière. Éclairer, c´est mettre en valeur et donc choisir ce qui doit l´être. On ne doit pas oublier qu´en allumant une lumière, on crée des ombres, il faut donc aussi travailler ces ombres qui dessinent des lignes nouvelles et riches. Pour finir, je soulignerai de la couleur, qui en lumière est à mon avis particulièrement agréable. Elle colore les murs et les objets et les métamorphose.

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